Ma Loute de Bruno Dumont (2016)


Film de Bruno Dumont (2016).
Avec Fabrice Luchini, Juliette Binoche, Valeria Bruni Tedeschi...
Été 1910, dans le nord de la France. D'étranges disparitions sèment une sorte d'agitation dans la petite vie routinière de la région de la Baie de la Slack. L'inspecteur Machin est sur place en compagnie de son équipier Malfoy, afin de tenter de comprendre pourquoi certains habitants s'évaporent sans laisser de traces...
Le réalisateur et scénariste Bruno Dumont nous avait habitués à des films graves et tragiques. Depuis la série P'tit Quinquin (Arte, 2014), il a effectué un virage très net vers la comédie, une comédie qui s'annonce burlesque, absurde et complètement farfelue. Ma Loute met en scène deux populations : les autochtones de la Baie de la Slack, qui vivent avec peu de moyens, souvent employés par l'autre monde, celui des riches bourgeois de Tourcoing venus passer des jours de vacances dans leur maison villa égyptienne. Il m'est difficile de retranscrire convenablement dans cette critique l'univers de Bruno Dumont (son écriture, ses dialogues), il surpasse tellement ce qui peut se produire en matière de comédie française, qu'en plus de faire grincer des dents, il propose aussi une touche d'originalité, poétique et surréaliste. 

Si Ma Loute est si drôle et déroutant, c'est parce qu'il offre un large panel de bizarreries, tant dans les situations que dans ses personnages. Tout le monde en prend pour son grade : de la famille Van Peteghem  avec Isabelle qui s'enflamme à l'excès sur tout ce qui l'enthousiasme ou l'inquiète (excellente Valeria Bruni-Tedeschi). Son mari, André (joué par le méconnaissable Fabrice Luchini), a un discours totalement à côté de la plaque, même quand les conversations ne concernent que des banalités. Sa démarche bancale alimente encore plus l'extravagance de son personnage. Aude, la sœur de ce dernier (fabuleuse Juliette Binoche) vient tout juste d'arriver pour passer quelques jours avec eux. Là aussi, tout est dans l'exagération, sans jamais tomber dans l'insupportable : elle gesticule comme une marquise exubérante qui fait penser à Cécile Sorel ou Luisa Casati. La famille de pêcheurs n'est pas en reste en ce qui concerne les fantaisies, sans dévoiler trop de détails, ils fascinent par leur naturel et leurs spécialités. Les deux mondes vont s'entrechoquer grâce à la relation amoureuse entre le jeune pêcheur et Billie, la fille androgyne d'Aude.

En plus des normes sociales et conventionnelles qui volent en éclats pour notre plus grand bonheur, le film propose un parfait dosage de séquences drôles. La chute est récurrente tout au long du film, inattendue, incongrue, centrale ou non, les plus mémorables sont celles de l'inspecteur Machin. Le comique de répétition fonctionne ici à merveille, c'est fin, et bien dosé. L'ambiance sonore apporte beaucoup au film, tant au niveau de la musique très lyrique que des sons précis rehaussant les scènes en question (celles qui m'ont le plus marquées sont celles de Machin qui tombe : le son de ses chutes, les vêtements froissés et le sable ployant sous le poids de l'énergumène). Ma Loute nous offre une touche de merveilleux au milieu de cet arène envahi d'excentriques et d'illuminés. Un petit bijou immoral et jubilatoire.

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