Carol de Todd Haynes (2015)


Film de Todd Haynes (2015).
Photographie d'Edward Lachman. Musique de Carter Burwell. Costumes de Sandy Powell. Décors de Judy Becker.
Avec Cate Blanchett, Rooney Mara, Sarah Paulson, Kyle Chandler...
En instance de divorce, Carol Aird est à la recherche d'un cadeau de Noël pour sa fille Rindy. Elle erre dans un grand magasin de New York sans trop savoir ce qu'elle souhaite lui offrir. C'est ainsi qu'elle remarque Therese Belivet, une vendeuse qui s'occupe du rayon poupées...
Adapté d'un roman de Patricia Highsmith avant qu'elle ne se spécialise dans la littérature policière, le film Carol est un hymne à la féminité (superbes Cate Blanchett et Rooney Mara) et à ces années 50 dont l'esthétisme est, ici, magnifié grâce aux décors et costumes de Judy Becker et Sandy Powell. Créatrice de décors de théâtre dans le roman, la jeune Therese Belivet (Rooney Mara) est devenue photographe dans le film, un choix judicieux pour mettre encore plus en valeur la relation entre l'apprentie photo-reporter et son premier modèle, Carol Aird (Cate Blanchett). Pour les besoins du film, Todd Haynes s'est inspiré de photographes des années 50, et notamment des travaux de Ruth Orkin, Helen Levitt, Esther Bubley, ou encore de Vivian Maier.

D'un premier abord réservée et indécise, Therese Belivet dévoile pourtant un désir fou et plein de détermination de suivre un instinct sans faire attention au regard des autres : celui d'aimer une autre femme. Les années 50 représentent une société d'après-guerre qui se relève, et des hommes qui reviennent du front, bien décidés à reprendre les rênes de la famille. La femme est mère, femme au foyer, et s'affiche en société au bras de son mari pour les besoins de son travail, et du paraître. Pour Carol Aird, cette vie s'est transformée en quelque chose d'insupportable, la séparation avec son mari est devenue sa seule issue. Par ses décors et sa thématique de famille en détresse, le film fait penser à Revolutionary Road (Sam Mendes, 2008), évoquant tous les deux la place de la femme dans la société des années 50 et cette soumission difficile à braver.

Mais Carol parle aussi de solidarité féminine, une indéfectible cohésion que les hommes (mari, avocat, petit ami, détective privé) vont tenter de bousculer dans ce récit. Subtilement mis en scène, le film propose un mélange de non-dits et de sentiments exprimés par les regards, l'expression des corps, et leur posture. La caméra suit avec beaucoup de raffinement les deux actrices, notamment par le biais de fenêtres (voiture, miroir) et de l'objectif photographique. Florilège d'élégance et de grâce, Carol nous offre l'un des plus beaux moments de cinéma de ce début d'année.

► L'actrice Rooney Mara a reçu le Prix d'interprétation féminine au dernier Festival de Cannes.
► Nominé dans six catégories, le film sera-t-il récompensé aux prochains Oscars le 28 février ?

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