Happy Hour de Ryûsuke Hamaguchi (2015)


Happy Hour, de Ryûsuke Hamaguchi (Japon, 2015).
Avec Hiromi Demura, Shoko Fukunaga, Yuichiro Ito, Rira Kawamura, Hazuki Kikuchi...
Signe particulier : la durée du film est de 5h17.
En compétition officielle au Festival des 3 Continents à Nantes (a reçu le Montgolfière d’Argent et le Prix du Public Wik-Fip).
Jun, Akari, Sakurako et Fumi forment un quatuor d'amitié, uni par les confidences, la joie de vivre et la confiance. Le jour où Jun annonce son divorce et disparaît, cet équilibre vole en éclats. Cet évènement va influer sur leur union, et leur vie personnelle.
Film-fleuve présenté en compétition au dernier Festival des 3 Continents, à Nantes, Happy Hour commence par des retrouvailles autour d'un pique-nique. Malgré une météo maussade, ces quatre femmes se retrouvent avec joie et tendresse. L'attention portée tout au long du film sur chacune d'entre elles montre beaucoup de délicatesse et d'attachement. D'un foyer ou d'un lieu de travail à un autre, le récit suit la vie de ces quatre personnages à travers leur quotidien et leurs rencontres. Lors d'un stage un peu hors norme, elles vont apprendre à communiquer d'une autre manière, à créer de nouveaux liens ou au contraire se rendre compte de la distance qui peut apparaître entre deux être humains en apparence unis. Le réalisateur réussit brillamment à filmer quelque chose d'invisible, de rendre palpable des sentiments enfouis et personnels. La durée du film permet aussi une immersion totale dans cette harmonie de groupe qui se disloque quand l'une d'entre elles rompt avec son quotidien.

Si les femmes sont tant à l'honneur, c'est aussi pour mettre en valeur leurs relations avec les hommes. La présence de ces derniers apparaît en filigrane tout au long du récit et propose en même temps de témoigner des bouleversements dans une relation quand un déséquilibre survient. Le film offre plusieurs parcours de vie que le destin a mélangé et revient aussi sur le fait que les décisions se prennent seul, que les sentiments amoureux et amicaux ne sont pas éternels, que cette unité a été soudée pendant quelque temps mais ne peut pas être définie comme quelque chose d'éternel. Habituellement, les portraits de femmes sont souvent caractérisés par leur fonction de mère. Ici, ces quatre femmes approchent de la quarantaine et pourtant, seule l'une d'entre elles est maman d'un adolescent. En début de film, par le fait qu'elle soit mère, elle est présentée comme quelqu'un de différent des autres personnages féminins.

Concernant la mise en scène, Happy Hour laisse un souvenir doux et léger, mélancolique et empli d'un bonheur fragile. Sa durée inhabituelle ne rend pas pour autant le visionnage inaccessible. À l'heure où le binge watching fait partie des nouvelles pratiques télévisuelles, un film de 5h17 ne représente finalement que 5 à 6 épisodes regardés d'affilée. Happy Hour est un beau film élégant et sensible sur la construction de soi et sur les liens qui se créent et qui se défont. Et puis c'est bien plus que des faits, difficiles à retranscrire dans un article de blog finalement.

► Interview du réalisateur Ryûsuke Hamaguchi sur le site FilmdeCulte.

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