[Premiers Plans] Crosswind - La croisée des vents {Risttuules} de Martti Helde (2014)


Film estonien réalisé par Martti Helde (2014).
Écrit par Martti Helde et Liis Nimik.
Photographie dirigée par Erik Põllumaa.

Avec Einar Hillep, Ingrid Isotamm, Laura Peterson, Mirt Preegel, Tarmo Song... 
Le 14 juin 1941, de nombreuses familles estoniennes (environ 10000 personnes) sont déportées sur ordre de Staline. Erna, jeune mère de famille est séparée de son mari et envoyée avec sa fille en Sibérie. Pendant 15 ans, elle va écrire à son mari sans jamais perdre l'espoir de le revoir un jour...
Premier long-métrage du jeune réalisateur estonien, In the Crosswind revient sur une partie de l'histoire de l'Estonie qui a été rarement relayée au cinéma (voire pas du tout), notamment parce qu'il n'existe aucune archive photographique (et encore moins en vidéo), hormis des lettres de témoignages. Au contraire des Allemands qui effectuaient des archives pendant la seconde guerre mondiale, les Russes n'ont rien conservé. Martti Helde a ainsi rencontré des survivants, et parcouru de nombreux courriers, dont les lettres d'Erna qu'elle n'a jamais envoyées à son mari, ignorant où il se trouvait. Ces lettres lui ont permis de récolter une description très riche de leur lieu d'exil, ainsi que ses peurs, sa solitude, et cette impression du temps arrêté dans un pays loin de tout. Le réalisateur a gardé cette dernière idée en tête pour son film, en la mettant en valeur de manière inédite. 

Ne comportant aucun dialogue, le film est un enchaînement de lectures des lettres d'Erna (que Martti Helde a retravaillées pour son long-métrage), sublimées par une image en noir et blanc, dont les mouvements de caméra font penser à la technique du bullet time. Faute de moyens et attaché au côté « old school de la mise en scène » (Martti Helde, festival Premiers Plans), le réalisateur ne s'est servi d'aucun procédé numérique, ni effets spéciaux (pas même photoshop), et a aussi expliqué que pour chaque scène, il a fallu jusqu'à six mois de préparation pour une journée de tournage (qui a duré 4 ans). Décors, costumes, visages, lumière, tout devait être prêt pour que la caméra virevolte à 360°, au cœur des scènes, tout en cherchant à illustrer cette impression du temps figé. Concentrée sur l'image et les textes lus (par une voix incroyable), j'ai rarement assistée à une écriture cinématographique aussi originale, et tout simplement superbe, où l'image fait penser à d'autres arts comme la sculpture, la peinture ou la photographie. 5/6 La sortie française du film est prévue pour le 11 mars prochain, à suivre une bande-annonce (sous-titrée en français). Le film a reçu le Grand Prix du jury au dernier festival Premiers Plans.


2 commentaires:

  1. sealhommeau@gmail.commars 12, 2015

    ça semble bien, et l'image est vraiment figée, c'est très tentant,

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  2. "Pas même photoshop"? ce n'est pas le logiciel utilisé le plus couramment pour l'étalonnage de films me semble t'il. Aucun effet numérique, le film a été tourné en pellicule?

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