[avant-première] Bande de Filles de Céline Sciamma (2014)


Film écrit et réalisé par Céline Sciamma (2014)
Musique de
Para One (Jean-Baptiste de Laubier)
Photographie de Crystel Fournier

Avec Karidja Touré, Diabate Idrissa, Rabah Nait Oufell, Tatiana Rojo...
Immersion dans la vie d'une jeune femme de 16 ans qui est en train de s'affranchir de sa famille, du quartier, de l'école, de ce qu'elle ne souhaite pas pour son avenir...
Film découvert dans le cadre d'une avant-première, grâce aux Ateliers d'Angers, Bande de Filles est le troisième long-métrage de Céline Sciamma (Naissance des pieuvres, Tomboy), qui a également ouvert la Quinzaine des Réalisateurs lors du dernier festival de Cannes. Le film aborde de nombreux thèmes, et ayant assisté à la rencontre avec la réalisatrice à la suite de la projection, j'ai pas mal d'éléments à partager autour du film. Je vous invite à ne pas lire ce qui suit si vous voulez découvrir par vous-même l'intégralité de l'histoire (il sort en France le 20 octobre prochain).

Bande de filles s'ouvre sur une séquence de football américain, la caméra est très proche des joueurs -joueuses, la distinction n'est pas immédiate avec tous les équipements que requiert ce sport-, les rapprochements des corps sont mis en valeur notamment avec les affrontements entre les deux équipes. Cette séquence m'a tout de suite fait penser à la série Friday Night Lights, tant au niveau du sujet traité que du positionnement de la caméra. Ma réflexion s'est confirmée quand la réalisatrice a en effet cité la série après la projection, en expliquant qu'elle a également assisté à un match de joueuses américaines. Cette idée lui est restée pour son film, tout comme le fait d'y inclure des pauses, avec juste un fond musical sur fond noir en guise d'image, comme s'il était composé d'épisodes d'une série, ou en l'occurrence, des différents évènements de la vie de Marieme.

De ce match, de ce groupe de filles qui s'amusent, parlent fort et vivent en vraie bande, elles vont ensuite petit à petit se séparer, rentrer chez elles une à une, pour n'en laisser qu'une : Marieme. D'un clan en force, tant par leur nombre que par le bruit, se retrouver seule face aux bandes masculines nous plongent dans un silence craintif, et la peur de l'autre. Tout au long du film, Céline Sciamma nous fait imaginer le pire en mettant fréquemment en parallèle différents univers dans la rue, à l'école, ou au sein du foyer. Comme dans une jungle, Marieme s'adapte, apprend, s'émancipe, refuse des codes de conduite qui lui sont dictés (Jane Austen et Virginia Woolf seraient bien déçues de voir que ce monde n'a pas tellement changé), dit non à ce qui ne lui semble pas suffisant, pour être comme 'tout le monde', et rugit comme une lionne en se confrontant à des bandes rivales (et rapportant même un trophée). La violence est là, dans les mots et les gestes, à chaque coin de rue, jusque derrière les portes dans l'appartement familial. Mais ce n'est pas ce qu'on retient du film. Et contrairement à ce qu'annonce son titre, le récit se concentre surtout sur cette jeune femme, et sur ce qui va lui permettre de quitter le monde de l'adolescence.

La féminité est une thématique dominante dans Bande de Filles, prenant un visage différent dans un espace public ou dans un espace plus intime comme la chambre (personnelle ou d'hôtel). Elle évolue aussi en fonction de l'entourage de Marieme, qui se métamorphose selon les besoins. Une apparence masculine va ainsi lui apporter plus de tranquillité et d'auto-protection. Là encore, l'effet de groupe est toujours présent, mais l'individu reste seul(e), peu importe les évènements : "Solide et solitaire" comme dit l'un des personnages. La réalisatrice a aussi attaché beaucoup d'importance à filmer les corps, et ce, dès le départ avec la scène de football américain, et ensuite, en filmant l'allure des jeunes femmes dans la rue, ou quand elles dansent et chantent. La caméra est proche des actrices, toutes débutantes, et toutes excellentes (rencontrées lors de castings sauvages effectués dans la rue, boutiques, concert de Rihanna...), mettant en valeur leur beauté envoûtante. Rarement le cinéma français nous avait proposé de telles personnalités, comme un coup de poing dans un cinéma actuel qui a bien besoin d'être secoué. Malgré une dernière partie moins intense que le reste du film, Bande de Filles séduit et s'impose, et ne laisse certainement pas indifférent. 5/6

Après un premier teaser, voici le second :

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