We Need to Talk about Kevin, de Lynne Ramsay


Film de Lynne Ramsay (2011) 
Avec Tilda Swinton, John C. Reilly, Ezra Miller, Jasper Newell...

Sacrifiant sa carrière afin de s'occuper de son fils, Eva (Tilda Swinton) revient sur la naissance et la jeunesse de Kevin (Ezra Miller), tout en cherchant à comprendre la relation qu'elle a eu avec lui, pour peut-être trouver une cause aux actes impardonnables qu'il a commis.

Le récit de We Need to Talk about Kevin suit surtout le personnage d'Eva dont la première scène nous la présente comme une jeune femme indépendante, en voyage en Europe, portée à bout de bras au-dessus d'une bataille géante de tomates. Les rires et la joie de vivre sont montrés en opposition avec cette teinte rouge sang, une couleur qui reviendra souvent dans le film (maison et voiture barbouillées de peinture, peinture dans la pièce d'Eva, le ballon, la confiture de fraise, le sang). Le long-métrage est brillamment construit selon les souvenirs que se remémorent Eva, montés en parallèle avec des éléments de sa vie du moment présent. Alors en couple avec Franklin (John C. Reilly), ils deviennent parents de Kevin, malgré une grossesse pas vraiment désirée. Premier hic dès la naissance, Eva ne ressent pas de connexion maternelle vis-à-vis de son fils, comme s'il y avait une sorte de rempart invisible entre eux deux, obstacle qu'elle cherchera pourtant à franchir à de nombreuses reprises ensuite.

Kevin est interprété par deux acteurs, le premier ayant environ 8 ans (Jasper Newell), le second 16 (Ezra Miller). Dans les films fantastiques, les enfants fantômes ou habités par le démon ont souvent une allure effrayante, source de cauchemars pour toutes les gouvernantes (et portant le doux prénom de Damien). Et bien avec Kevin, c'est pire, pas de fantastique dans le récit, juste beaucoup de cruauté glissée dans la réalité devenue banale de cette vie de banlieusards, surtout dans celle d'Eva justement. Parce que le plus grand sadisme de ce gamin, c'est de montrer un visage différent en fonction de l'interlocuteur qu'il a devant lui. Maternité précoce, manque d'amour, enfant maléfique, peu importe la raison, ce rapport de force fait partie du parcours de Kevin et de son évolution, dont l'issue sera tragique pour tout son entourage, familial et scolaire. Lynne Ramsay réalise ici un film brillant sur cette impossible relation entre une mère et son fils, Tilda Swinton y est tout simplement parfaite. (5/6)

À noter que le prochain film de la réalisatrice, intitulé Jane Got a Gun, se fera sans Michael Fassbender qui doit tourner X-Men: Days Of Future Past. Au générique il y aura donc Natalie Portman, Jude Law, qui endosse le rôle du bad guy, et Joel Edgerton qui remplace celui de Michael.

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